Rapport
Annuel
2025/26

Le campus de l'IHU Immun4Cure à Montpellier

Immun4Cure I Rapport Annuel 2025/26

« Notre ambition ne se limite pas à mieux comprendre les maladies auto-immunes. Elle est de transformer durablement la vie des patients qui en sont atteints, en faisant évoluer la prise en charge : passer de traitements complexes, coûteux et contraignants à des solutions simples, standardisées et accessibles au plus grand nombre.

C'est un vrai changement de paradigme – et c'est ce qui nous porte, chaque jour, dans cette aventure. Notre ambition est de transformer une promesse scientifique en une réalité accessible à tous les patients, partout. »

Christian Jorgensen
Directeur de l'IHU Immun4Cure
Christian Jorgensen

Éditorial

Christian Jorgensen

Directeur de l'IHU Immun4Cure

La médecine de demain se construit aujourd'hui

L'IHU (Institut Hospitalo-Universitaire) Immun4Cure est né en 2023 d'un constat simple : l'incidence des maladies auto-immunes augmente et elles touchent entre 5 et 8 % de la population, soit des millions de patients, mais elles manquaient d'une recherche ambitieuse. L'IHU rassemble le CHU, l'Inserm et l'Université de Montpellier (c'est-à-dire les patients, la recherche et la formation) autour d'un objectif commun : changer ce constat.

2025 a été une année de fondation pour l'institut. Tout d'abord, nous avons structuré et optimisé le travail collectif. C'est un point essentiel qui semble évident mais qui demande beaucoup d'efforts, d'échanges, de temps. Faire converger des cultures professionnelles aussi différentes que celles de la recherche fondamentale – immunologie, modélisation, épidémiologie –, de la clinique et de l'industrie ne se décrète pas, mais se construit, mois après mois, réunion après réunion.

Ce lien a rendu possible tout le reste ; comme la création du CIMA (Centre clinique Interdisciplinaire des Maladies Auto-immunes), un lieu où les patients atteints de maladies auto-immunes sont auscultés par tous les spécialistes en même temps. Nous avons en effet renversé la logique de fonctionnement : le patient est désormais au centre, les spécialistes viennent à lui. Plus de discours contradictoires, plus de rendez-vous dispersés. Les patients le disent eux-mêmes : « Enfin un lieu unique ». C'est un vrai changement de paradigme, qui s'accompagne aujourd'hui d'un Comité de patients pleinement associé à la construction de nos protocoles de recherche ; une manière, pour nous, de nous assurer que la science que nous produisons reste fidèle aux besoins de ceux qu'elle doit servir.

Par ailleurs, cette labellisation en tant que Centre Translationnel d'Excellence par Sanofi constitue un véritable levier de visibilité pour notre institut. Nous avons également rejoint un grand réseau européen ; cela nous place dans un environnement stimulant, avec des projets d'envergure, aux côtés d'instituts qui partagent les mêmes ambitions que nous.

Et, scientifiquement, les équipes ont produit ! Douze publications, un essai clinique approuvé – SCLEROCAR – et un autre en attente d'approbation des autorités compétentes – EVASCLER –, un brevet déposé, dix nouveaux contrats industriels, que de résultats en une année pour un IHU de seulement deux ans ! Je veux y voir la preuve que la confiance que nous avons mise dans nos équipes, dès le premier jour, était la bonne.

Concrètement aujourd'hui, trois axes structurent notre ambition scientifique. Comprendre, d'abord en cartographiant les cellules immunitaires et en identifiant les mécanismes qui dérèglent le système pour ouvrir la voie à l'auto-immunité. Restaurer, ensuite, c'est-à-dire développer des thérapies cellulaires (CAR-T, CAR-Treg, CAR-MSC) capables de rétablir l'équilibre immunitaire en ciblant sélectivement les cellules responsables de la maladie, sans affaiblir l'ensemble du système de défense du patient. Et modéliser, enfin. Nous cherchons à construire des outils prédictifs, des organoïdes, des modèles mathématiques et des plateformes bioinformatiques qui nous permettent d'évaluer l'efficacité et la sécurité de nos traitements avant leur passage en clinique. Ces trois piliers se nourrissent l'un l'autre.

Un axe thérapeutique majeur émerge pour la suite, constitué par l'ARN messager qui porte la promesse de passer d'un traitement lourd et coûteux à quelque chose de standardisé, accessible à tous. C'est une conviction simple, mais qui engage profondément la manière dont nous devons travailler, ensemble, toujours. Pour cela, nous aurons besoin de partenaires internationaux avec qui nous devrons bâtir sur le long terme des relations de confiance, des équipes communes, des programmes partagés.

« Nos meilleurs résultats sont encore devant nous.
Hier, un constat.
Aujourd'hui, un institut.
Demain, des rémissions. »
Un couloir du CHU de Montpellier

Sommaire

Éditorial

La médecine de demain se construit aujourd'hui

  1. 1—Chiffres clés & gouvernance

    Une gouvernance au service de la science
    Entretien – Alain Fischer, Président du Conseil de Gestion
    3 questions à Anne Ferrer, Directrice Générale du CHU de Montpellier
    Entretien – Didier Samuel, Président-Directeur Général de l'Inserm
    Entretien – Philippe Augé, Président de l'Université de Montpellier

  2. 2—Les équipes

    300 femmes et hommes engagés, la force du collectif
    Portraits : des personnes qui font avancer la recherche
    Au cœur de la coordination

  3. 3—Le volet scientifique

    La science en action : des avancées qui changent la donne
    Les projets scientifiques marquants de l'année
    Portraits : les chercheurs de demain

  4. 4—Le volet clinique

    Du laboratoire au patient : deux premières mondiales

  5. 5—Les patients

    Des recherches et des soins organisés avec eux
    Un Comité de patients actif
    Témoignage de Stéphane Taliana, membre du Comité de patients

  6. 6—L'éducation

    Un investissement dans les compétences de demain

  7. 7—Les partenariats

    Des échanges essentiels, car l'innovation ne se fait pas seule

  8. 8—Les ambitions

    2026, l'IHU passe à l'offensive

Labellisé le 16 mai 2023 par l'Agence Nationale de la Recherche dans le cadre du plan France 2030, et inauguré le 17 septembre 2024, l'IHU Immun4Cure compte parmi les 19 Instituts Hospitalo-Universitaires de France. Doté de 20 M€ par l'État, il repose sur un triptyque fondateur inédit – le CHU de Montpellier, l'Inserm et l'Université de Montpellier – abrité par la Fondation Inserm, qui assure le cadre juridique, financier et stratégique de l'institution.

Sa mission est de fédérer, au sein d'un même écosystème intégré, la recherche fondamentale, les soins cliniques, la formation et l'innovation au service d'un seul objectif : transformer la prise en charge des maladies auto-immunes systémiques.

1—Chiffres clés & gouvernance

1
des 19 IHU français
22
équipes scientifiques réparties dans
300
scientifiques, ingénieurs, cliniciens
3
fondateurs : CHU, Inserm, Université de Montpellier
14
instituts de recherche et
1 000
patients – cohorte IHU
4
piliers : recherche, soin, formation, innovation
16
départements cliniques du CHU de Montpellier
8 000 m2
sur 3 bâtiments écoresponsables et 18 plateformes

Une gouvernance au service de la science

Fondation abritée sous l'égide de la Fondation Inserm, l'IHU Immun4Cure s'est doté dès sa création d'une architecture de gouvernance claire et partagée. Loin d'être un détail administratif, cette organisation est la condition même de son efficacité : elle permet à trois institutions aux cultures différentes – hôpital, organisme de recherche, université – de travailler ensemble, vite et bien.

Le Conseil de Gestion constitue l'organe délibératif principal. Il fixe les grandes orientations stratégiques, approuve les budgets, les partenariats et les rapports d'activité. Présidé par le professeur Alain Fischer, il rassemble sept membres de droit avec voix délibérative, représentants des trois fondateurs et de l'État, ce dernier disposant d'un droit de veto sur l'usage des fonds France 2030, ainsi que des personnalités qualifiées et des représentants des collectivités territoriales avec voix consultative. Les décisions y sont prises à la majorité, la voix du président étant prépondérante en cas de partage.

Le Comité de Suivi Opérationnel (ComOp) assure la mise en œuvre concrète des décisions du conseil. Réunissant chaque mois les représentants des fondateurs et de la Fondation Inserm, la direction de l'IHU et la responsable des partenariats et de la valorisation de l'IHU, il constitue un espace de coordination stratégique favorisant le développement de nouveaux projets, le déploiement d'initiatives transversales et le renforcement des synergies avec l'écosystème montpelliérain.

Le directeur, Christian Jorgensen, nommé par le Conseil de Gestion sur proposition d'un comité scientifique indépendant, pilote l'activité courante, prépare le budget et représente l'IHU auprès de ses fondateurs. Il est assisté d'une secrétaire générale et s'appuie sur le Comité Exécutif (ComEx), instance de pilotage scientifique bimensuelle qui rassemble les responsables des départements science, médecine, bioproduction et formation, ainsi que l'équipe opérationnelle, et qui instruit les demandes de labellisation des équipes partenaires.

Enfin, un Comité de Valorisation se réunit tous les deux mois pour accompagner l'IHU dans ses stratégies de transfert technologique, de partenariat industriel et de gestion de la propriété intellectuelle. C'est lui qui oriente les déclarations d'invention et supervise l'hébergement des start-ups issues des travaux de l'institut.

Cette architecture à plusieurs niveaux reflète une conviction portée dès la fondation de l'IHU : la recherche d'excellence ne peut se faire sans une organisation solide, lisible et partagée entre tous les acteurs du projet. Chaque établissement fondateur y assume un rôle clairement défini : le CHU pour le portage des activités cliniques et hospitalières. L'Université de Montpellier et l'Inserm partagent une même vocation de soutien à la recherche et de structuration des communautés scientifiques, tout en participant à l'intégration d'Immun4Cure dans les réseaux et dispositifs nationaux. L'Université y apporte également sa mission de formation. Ensemble, ils forment le socle sur lequel repose l'ambition d'Immun4Cure.

Comité exécutif

  • Christian JORGENSEN Directeur — Responsable WP7 Essais cliniques
  • Chloé SIMON Secrétaire générale
  • Farida DJOUAD Responsable département Science — WP2
  • Guillaume CARTRON Responsable département Médecine
  • John DE VOS Responsable département Bioproduction — WP6
  • Marie MORILLE Responsable département Formation — WP8
  • Séverine KREMER Coordinatrice scientifique
  • Sandra CASTANG Chargée de partenariat et de valorisation — WP9
  • Agnès MOURARET-BEVIS Responsable administrative et financière
  • Yves-Marie PERS Responsable du CIMA — WP4/WP5

Équipe opérationnelle IHU

  • Océane BOUVET Chargée de projets — Coordination des projets issus des partenariats public-privé
  • Aurore CASTILLO Assistante administrative
  • Sandra CASTANG Responsable des partenariats et de la valorisation
  • Agnès MOURARET Responsable administrative et financière
  • Séverine KREMER Coordinatrice scientifique

Conseil de Gestion

  • Alain FISCHER Président du Conseil de Gestion

Membres avec voix délibérative

  • Anne FERRER Directrice générale du CHU de Montpellier
  • Jean-Luc PASQUIÉ Président de la Commission Médicale d'Établissement (CME) du CHU de Montpellier
  • Philippe AUGÉ Président de l'Université de Montpellier
  • Agnès MIGNOT Vice-présidente chargée de la recherche de l'Université de Montpellier
  • Sylvain BOURGOIN Délégué régional Occitanie Méditerranée de l'Inserm
  • Chantal BOULANGER Directrice de l'Institut thématique « Physiopathologie, métabolisme, nutrition » de l'Inserm
  • Marianne PEYROT Directrice de la DRARI

Membres avec voix consultative

  • Pierre-Louis AUTIN Directeur général de la Fondation Inserm
  • Michael DELAFOSSE Président de Métropole Montpellier Méditerranée
  • Christian ASSAF Conseiller de la Région Occitanie
  • Lionel COMOLE Directeur de la Fondation Arthritis
  • Philippe NERIN Directeur de la SATT AxLR

Personnalités qualifiées

  • Sophie BLONDEL CEO de Foxbio
  • Philippe BOURIN Consultant

Conseil Consultatif Scientifique (SAB)

  • Andreas RADBRUCH Président du Centre allemand de recherche en rhumatologie (DRFZ), Berlin
  • Iain McINNES Université de Glasgow
  • Hélène ROUARD Établissement français du sang, Créteil
  • Karin TARTE Université de Rennes
  • Franck BARRY Université nationale d'Irlande, Galway
  • Chantal PICHON Université d'Orléans / Inserm
Alain Fischer

Entretien

Alain Fischer

Président du Conseil de Gestion

Comment le concept des IHU est-il né et quels étaient leurs objectifs initiaux ?

Les Instituts Hospitalo-Universitaires (IHU) ont été créés à la fin des années 2000 pour répondre au morcellement entre recherche fondamentale, pratique clinique et innovation.

En associant universités, centres hospitaliers universitaires et laboratoires, la volonté des pouvoirs publics était de rassembler les moyens de recherche en un même lieu afin de gagner en efficacité, de créer une dynamique de collaboration, de renforcer la visibilité internationale et d'accélérer le processus de développement et d'innovation, en lien avec le secteur industriel.

Qu'est-ce qui distingue le modèle IHU des autres structures de recherche et de formation en santé ?

La grande force du modèle IHU est de fédérer des équipes pluridisciplinaires au sein d'une structure unique, favorisant ainsi les interactions entre cliniciens et chercheurs. En dehors des structures des IHU, il est difficile – voire impossible – de maintenir un lien assez solide pour avancer et innover.

Par ailleurs, cette organisation à grande échelle – avec d'importants moyens techniques et humains – permet de soutenir une recherche translationnelle ambitieuse et un alignement des objectifs scientifiques et médicaux.

Comment le triptyque CHU – Inserm – Université soutient-il l'innovation et la formation ?

Ce triptyque constitue le socle du modèle. Chacun apporte sa pierre à l'édifice : le CHU permet l'accès aux patients et la conduite d'essais thérapeutiques, l'Université assure la formation des étudiants et des jeunes chercheurs par des professeurs compétents, tandis que l'Inserm apporte l'expertise en recherche fondamentale et les infrastructures (laboratoires, plateformes).

Leur complémentarité garantit une continuité dans la production de connaissances, la formation et l'innovation. Malgré des histoires et des modes de gestion différents, leurs convergences et leurs échanges sont les garants d'un dispositif puissant.

Quelles sont les ambitions et priorités d'Immun4Cure ?

L'IHU Immun4Cure développe des thérapies innovantes (cellulaires et géniques) pour soigner les maladies auto-immunes sévères. Son but est de proposer des traitements efficaces pour des rémissions durables – voire des guérisons – dans un environnement scientifique hautement compétitif.

Quels besoins restent à combler pour renforcer l'excellence scientifique, pédagogique et européenne d'Immun4Cure ?

La question du financement reste prioritaire pour soutenir les projets, attirer des talents du monde entier et acheter des équipements performants. Le renforcement des partenariats, notamment industriels et européens, apparaît donc déterminant pour inscrire durablement l'IHU dans une dynamique d'excellence.

Anne Ferrer

3 questions à

Anne Ferrer

Directrice Générale du CHU de Montpellier

Comment l'IHU s'intègre-t-il à la stratégie du CHU en matière de médecine personnalisée ?

L'ouverture du CIMA, Centre clinique né du partenariat entre le CHU et l'IHU, dédié aux Immunothérapies et au traitement des Maladies Auto-immunes, concrétise l'alliance de la recherche fondamentale, translationnelle et clinique sur laquelle est bâti l'IHU. Il offre aux patients comme aux équipes soignantes un parcours ambulatoire lisible et accessible.

En 2025, ce dispositif a permis de déployer au sein du CHU de Montpellier des prises en charge expertes. Cette forte attractivité pour les professionnels médicaux crée un cercle vertueux entre soin et science.

L'IHU, grâce à ses moyens et son expertise, a eu la chance de faire partie des sites éligibles à l'utilisation de la plateforme de Médicaments de Thérapie Innovante (MTI). Cette plateforme a pour but de produire des traitements dédiés aux maladies auto-immunes qui ne disposent d'aucune offre industrielle accessible. Dans un contexte d'essor rapide des thérapies cellulaires, l'enjeu est de proposer des solutions plus efficaces, sûres et adaptées aux contraintes économiques qu'elles génèrent.

En se positionnant ainsi, l'IHU permet au CHU de Montpellier de s'inscrire durablement à la pointe d'une médecine toujours plus personnalisée et innovante, au bénéfice direct des patients.

Quels sont les enjeux et les retombées des partenariats industriels et européens de l'IHU pour le site ?

Réunir sur un même site une expertise de haut niveau en biologie et un pôle clinique spécialisé dans l'évaluation et le traitement par biomédicaments constitue une proposition particulièrement attractive pour les entreprises de biotechnologie. Cette dynamique partenariale s'est concrétisée avec Sanofi, à travers un accord-cadre pour un centre d'excellence en recherche translationnelle destiné à faciliter les liens et projets communs, tant en recherche qu'en soins. Parallèlement, le CHU de Montpellier s'est engagé dans le Projet Important d'Intérêt Européen Commun (PIIEC), dont l'ambition est de structurer une filière européenne souveraine pour le déploiement industriel des biothérapies. L'IHU y est un contributeur actif, deux de ses fondateurs étant actionnaires de The Drug Cell. Les bases juridiques et fonctionnelles ont été posées en 2025 pour un démarrage de programme en 2026.

Quel bilan tirez-vous de 2025 ?

2025 aura été une année fondatrice et fructueuse. Partenariats multiples et structurés, unité de soins clairement identifiée, cohorte en cours de constitution, plateforme MTI opérationnelle : l'IHU Immun4Cure aborde sa prochaine phase avec une organisation à la mesure de ses ambitions, centrées sur les patients.

Didier Samuel

Entretien

Didier Samuel

Président-Directeur Général de l'Inserm

Un organisme public engagé

En tant que principal organisme public dédié à la santé et à la recherche médicale, l'Inserm joue un rôle clé dans la recherche biomédicale en France. Dans le domaine de l'immunologie, l'Inserm est particulièrement en pointe et relie la recherche fondamentale, la clinique et l'innovation thérapeutique.

À Montpellier en Occitanie-Méditerranée, cette dynamique prend appui sur un écosystème solide où la thématique de recherche liée aux maladies auto-immunes est historique. Les équipes Inserm y sont nombreuses, bien intégrées à l'université et au CHU, et portées par un environnement local très mobilisé.

L'IHU vient renforcer cette base en s'appuyant sur les compétences de l'Inserm (70 % des équipes contribuent à l'IHU), accélérant ainsi la transformation de cette excellence scientifique en solutions concrètes pour les patients, et en donnant de la visibilité et de la cohérence à l'ensemble. L'IHU impulse un nouvel élan pour aller plus loin dans la compréhension des mécanismes et la découverte de traitements.

La force de cet écosystème tient aussi à sa spécialisation et à sa concentration, sur un même territoire, de compétences complémentaires : chercheurs et ingénieurs de l'Inserm, expertise clinique du CHU, force académique de l'université et, désormais, appui industriel avec le partenariat Sanofi.

Les chercheurs et chercheuses de l'IHU travaillent sur les maladies inflammatoires et auto-immunes avec une approche transversale. Rhumatologie, gastro-entérologie, dermatologie ou médecine interne dialoguent autour de mécanismes communs. Cela permet d'envisager des traitements plus ciblés et plus innovants.

L'avenir d'un projet innovant et performant

Dès le départ, l'Inserm s'est engagé pleinement dans l'IHU car il y voit un projet d'excellence, mais aussi un outil d'accélération de la transformation. L'enjeu, à la fois scientifique et stratégique, n'est pas seulement de produire de la connaissance ; il est aussi de faire émerger des biothérapies et de mieux relier la recherche issue du laboratoire aux soins prodigués à l'hôpital.

Le partenariat avec Sanofi renforce encore cette logique. Il rapproche recherche académique et développement industriel. L'objectif est de mieux franchir le passage, souvent difficile, entre une découverte scientifique et un traitement disponible. C'est un vrai levier pour la recherche translationnelle.

Pour devenir une référence européenne, l'IHU doit continuer dans cette voie et consolider cette base. Il lui faut développer ses plateformes, renforcer ses financements, participer à des programmes européens et gagner en visibilité internationale. L'ambition est claire : faire de Montpellier un centre reconnu en immunologie, en auto-immunité et en biothérapies en France, comme en Europe mais aussi dans le monde entier.

Philippe Augé

Entretien

Philippe Augé

Président de l'Université de Montpellier

« À travers l'IHU, nous affirmons une ambition collective forte : celle de construire une recherche et une formation toujours plus connectées aux grands enjeux de santé. Ce projet illustre la capacité de notre site à faire travailler ensemble université, organisme de recherche et hôpital au service de l'innovation et des patients, en préparant les étudiants, chercheurs et professionnels de demain aux grandes transformations scientifiques et médicales. »

Quelle est la valeur ajoutée de l'Université de Montpellier dans le triptyque qu'elle forme avec le CHU et l'Inserm pour l'IHU ?

Le CHU et l'Inserm offrent un environnement de recherche biomédicale ancré dans les enjeux de santé publique. L'Université y ajoute sa stratégie d'excellence en recherche, innovation et formation – en formant aussi bien les futurs professionnels de santé que les chercheurs et ingénieurs qui porteront les solutions de demain. En incarnant cette articulation, l'IHU devient un outil structurant pour l'attractivité scientifique et académique du site montpelliérain.

Comment l'IHU s'intègre-t-il dans l'alliance européenne CHARM-EU ?

L'IHU s'articule pleinement avec CHARM-EU, dont l'Université de Montpellier est membre. Il y contribue via ses Research Hubs, en orientant recherche et formation autour des maladies auto-immunes, des thérapies cellulaires et des technologies ARN. D'autres liens pourront se développer sur la santé globale et la formation interdisciplinaire, avec pour objectif de favoriser les mobilités étudiantes et scientifiques entre établissements partenaires.

Quels nouveaux cursus l'IHU permet-il de développer ?

Les avancées scientifiques exigent des compétences de plus en plus transversales. Le DU ImmunoCell, le master IDIL intégrant une UE dédiée aux thérapies immunomodulatrices, et le plateau pédagogique en nanomédecines qui sera renforcé en 2026 en sont les illustrations. Ces formations interdisciplinaires préparent les étudiants aux nouvelles pratiques médicales et scientifiques, au plus près des réalités hospitalières et industrielles.

Ces formations peuvent-elles s'ouvrir à des diplômes européens ?

C'est tout à fait envisageable. CHARM-EU offre un cadre idéal pour des parcours partagés et ouverts à l'international, comme l'illustre le master en biomedical engineering en construction. Ces formations renforceront l'attractivité du site montpelliérain et amplifieront les échanges entre étudiants et enseignants-chercheurs à l'échelle européenne.

L'IHU Immun4Cure est avant tout un collectif : chercheurs, cliniciens, ingénieurs, doctorants et personnels administratifs qui, au quotidien, font vivre l'institut et avancent ensemble vers un même objectif.

Le personnel des différents groupes de travail (work-package, WP), services cliniques du CHU et instances de gouvernance est organisé par pôles d'activités, qui reflètent la logique interdisciplinaire structurant l'IHU.

Gouvernance • Équipes scientifiques : IRMB — Institut de Médecine Régénératrice et de Biothérapie ; IRCM — Institut de Recherche en Cancérologie de Montpellier ; IGF — Institut de Génomique Fonctionnelle ; IGH — Institut de Génétique Humaine ; IGMM — Institut de Génétique Moléculaire de Montpellier ; L2C — Laboratoire Charles Coulomb ; IMAG — Institut Montpelliérain Alexander Grothendieck ; PhyMedExp — Physiologie et Médecine Expérimentale du Cœur et des Muscles ; IBMM — Institut des Biomolécules Max Mousseron ; ICGM — Institut Charles Gerhardt Montpellier ; IDESP — Institut Desbret d'Épidémiologie et Santé Publique ; LIRMM — Laboratoire d'Informatique, de Robotique et de Microélectronique ; MRE — Montpellier Recherche et Économie ; PCCEI — Pathogenèse et Contrôle des Infections Chroniques et Émergentes • Équipes cliniques — CHU de Montpellier : CIMA — Centre Interdisciplinaire des Maladies Auto-immunes ; Services cliniques partenaires • Task Forces Transversales : Task Force Molecular Design ; Task Force BioInformatics • Doctorants, post-docs et ingénieurs : Équipe Apparailly / WP1 ; Équipe Villalba / WP2.1 NK cells ; Équipe Djouad / WP2.2 CAR-MSC ; Équipe Louis-Plence / WP2.3 CAR-Treg ; Équipe Apparailly / WP2.4 ARN ; Équipe Noël / WP3 ; Équipe Pelegrin / Task 3.4 Organoïdes ; Équipe Kossida / WP1 IMGT ; WP5 — Immunophénotypage et biomarqueurs ; WP5.4 — Génomique intégrative • Équipes nationales labellisées • Formation (WP8) • Valorisation et innovation (WP9)

2—Les équipes

300
femmes et hommes engagés, la force du collectif

Portraits : des personnes qui font avancer la recherche

Laurene Bernard

Docteur Laurene Bernard

Médecin interniste au CIMA, mes activités s'articulent autour de quatre axes complémentaires et indissociables : la recherche clinique, le soin, l'éducation thérapeutique et l'enseignement.

En matière de recherche, je suis responsable de la filière lupus dans le cadre de la mise en place de cohortes prospectives dédiées aux maladies auto-immunes systémiques (lupus, polyarthrite rhumatoïde, sclérodermie). Je m'implique également dans l'accès aux essais thérapeutiques innovants, académiques comme industriels, en évaluant avec mes collègues les protocoles proposés, leur faisabilité, puis en assurant les visites d'inclusion et de suivi des patients tout au long de leur parcours.

Deux fois par mois se déroulent des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP). Ces RCP visent à faire des propositions diagnostiques et thérapeutiques pluridisciplinaires basées sur l'avis d'experts du domaine, fondées sur leur expérience, les données les plus récentes de la littérature médicale et les connaissances de la science fondamentale.

Le lien avec les patients est au cœur de ma pratique quotidienne. Je collabore avec les représentants associatifs au sein d'un Comité de patients qui se réunit chaque mois pour construire des projets concrets d'éducation et d'information.

Je porte également un programme d'information et d'éducation pré-conceptionnelle, avec la volonté de développer une filière structurée autour de la grossesse dans les maladies auto-immunes, un enjeu médical et humain encore insuffisamment pris en charge.

Enfin, je participe aux enseignements du diplôme universitaire IMMUNOCELL, contribuant à faire du CIMA un lieu de formation et de référence reconnu dans le champ de l'immunologie clinique.

Saïd Assou

Saïd Assou

Au sein de l'IHU Immun4Cure, je suis responsable de la plateforme de transcriptomique, dédiée à l'analyse de l'expression des gènes et aux technologies de séquençage de nouvelle génération. Ses activités s'inscrivent à l'interface entre biologie moléculaire, transcriptomique et bioinformatique, avec pour objectif de mieux comprendre le fonctionnement du système immunitaire à partir de données à grande échelle.

Au cœur de mes activités figurent les approches single-cell, qui permettent d'étudier les cellules individuellement et de révéler la diversité des populations cellulaires impliquées dans les réponses immunitaires. Ces technologies offrent la possibilité d'analyser simultanément l'expression de milliers de gènes par cellule, mais aussi de caractériser le répertoire des récepteurs des lymphocytes B et T, des éléments clés de la reconnaissance immunitaire, en reliant l'identité moléculaire d'une cellule à sa fonction et à son clonotype.

Ces approches sont appliquées à l'étude de maladies auto-immunes telles que le lupus ou la sclérodermie. À partir d'échantillons sanguins de patients et de donneurs sains, nous réalisons un profilage immunitaire à très haute résolution afin d'identifier les populations cellulaires impliquées dans les processus pathologiques.

En structurant une chaîne analytique complète, je contribue à transformer des données complexes en connaissances utiles pour la recherche translationnelle, au service de l'ambition d'Immun4Cure : mieux comprendre les maladies immunitaires et développer des thérapies plus ciblées.

Farida Djouad

Farida Djouad

Directrice de recherche à l'Inserm au sein de l'Institut de Médecine Régénératrice et de Biothérapie (IRMB) de Montpellier, je dirige une équipe spécialisée dans le développement de thérapies cellulaires innovantes pour le traitement des maladies auto-immunes.

Mon parcours m'a conduite du laboratoire de Christian Jorgensen à Montpellier jusqu'au National Institutes of Health de Bethesda, aux États-Unis, avant de rejoindre l'Inserm en 2009. Je consacre aujourd'hui mes recherches à trois pathologies prioritaires d'Immun4Cure : la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux systémique et la sclérodermie systémique.

Au sein de l'IHU, je pilote le WP2, consacré à la restauration de l'homéostasie immunitaire par thérapie cellulaire. Mon équipe développe des CAR-MSC, des cellules stromales mésenchymateuses équipées d'un récepteur chimérique ciblant sélectivement les lymphocytes B autoréactifs. Leur efficacité immunorégulatrice a été démontrée in vitro, dans des larves de poisson-zèbre et dans des modèles murins d'arthrite. Je coordonne également le développement de Zebra4Cure, futur plateau technologique dédié à la génération de poissons-zèbres humanisés porteurs de cellules immunitaires issues de patients atteints de maladies auto-immunes, afin d'accélérer l'évaluation préclinique in vivo des biothérapies de précision développées dans le cadre de l'IHU.

Danièle Noël

Danièle Noël

Directrice de recherche à l'Inserm au sein de l'IRMB de Montpellier, je supervise l'équipe « Ingénierie tissulaire et vésicules extracellulaires pour le traitement des maladies rhumatismales ».

Mes travaux s'inscrivent dans le champ de la biothérapie cellulaire : plutôt que d'administrer des cellules entières, nous exploitons les vésicules extracellulaires qu'elles sécrètent naturellement – de minuscules particules qui concentrent leurs propriétés anti-inflammatoires et réparatrices, sans les contraintes liées à la manipulation de cellules vivantes.

Dans le cadre d'Immun4Cure, j'optimise la bioproduction de ces vésicules issues de cellules stromales mésenchymateuses selon des standards cliniques et préindustriels. Ces travaux, menés dans le cadre du projet PEPR STROMAEV, doivent aboutir à l'essai clinique EVASCLER, coordonné au CHU de Montpellier, qui évaluera leur sécurité et leur efficacité chez des patients atteints de sclérodermie systémique. Je dirige par ailleurs l'intégrateur OBBI (Inserm US63), labellisé par France 2030 et créé en 2023, qui interagit avec des académiques et industriels pour développer la bioproduction des vésicules extracellulaires et des organoïdes afin d'accélérer le transfert d'innovation vers la clinique et l'industrie.

Au cœur de la coordination

Dans un institut qui fédère trois établissements, vingt-deux équipes de recherche, seize départements cliniques et quatorze instituts, la coordination ne s'improvise pas. Elle se construit, se structure, s'incarne dans des femmes et des hommes dont le rôle est de faire tenir l'ensemble et d'en libérer le potentiel.

L'équipe opérationnelle de l'IHU Immun4Cure

L'équipe opérationnelle de l'IHU

Rattachée directement à la direction, l'équipe opérationnelle de l'IHU est le pivot du fonctionnement quotidien de l'institut.

Aux côtés du directeur de l'IHU, Chloé Simon, secrétaire générale, pilote la stratégie de l'institut et anime l'équipe en charge du financier, du juridique, des RH, de la valorisation et de la communication. Elle orchestre l'organisation des instances de gouvernance, représente la Direction auprès des ministères, des agences de l'État, des partenaires institutionnels, et conduit les négociations contractuelles. Elle accompagne également le développement du mécénat, des partenariats industriels et des collaborations stratégiques au service du rayonnement et de la croissance de l'IHU.

En tant que coordinatrice scientifique de l'IHU, Séverine Kremer garantit la cohérence entre les différents groupes de travail (work-packages), le respect des échéances et la qualité des livrables scientifiques, en lien étroit avec les équipes de recherche, les équipes cliniques et les partenaires institutionnels. Elle organise également la réunion annuelle du Scientific Advisory Board.

Océane Bouvet, responsable des projets issus des partenariats publics-privés, accompagne les porteurs scientifiques dans le montage et le suivi des projets, coordonne les échanges entre partenaires académiques, cliniques et industriels, garantit le respect des engagements contractuels et anime les instances de gouvernance des projets. Elle assure le soutien logistique et organisationnel de la direction.

Assistante administrative de l'IHU, Aurore Castillo assure un appui transversal aux activités de la direction et de l'équipe opérationnelle. À ce titre, elle coordonne l'organisation des réunions et des instances, assure le suivi administratif des contrats et projets de recherche, contribue à la préparation des rapports d'activité et financiers, et participe activement aux actions de communication de l'institut. Elle accompagne notamment la diffusion des informations institutionnelles, la valorisation des projets scientifiques et le déploiement des supports et événements contribuant au rayonnement de l'IHU.

Agnès Mouraret est responsable administrative et financière. Elle assure le pilotage financier de l'IHU, dont le budget s'élève à 20 M€. Elle coordonne les équipes administratives et financières, et assure l'interface avec les trois tutelles fondatrices ainsi qu'avec la Fondation Inserm. Elle garantit la fiabilité du reporting financier auprès de l'ANR et des différents financeurs (Europe, Région, Métropole).

Responsable des partenariats et de la valorisation de l'IHU, Sandra Castang détecte les projets à potentiel de valorisation des chercheurs et cliniciens, accompagne le montage des déclarations d'invention et la négociation des contrats de partenariat, et assure le suivi des projets. Elle fait le lien avec les organismes de transfert de technologie (SATT AxLR, Inserm Transfert) et le pôle de compétitivité, dans un contexte national et international.

Le soutien indispensable des tutelles

Aux côtés de cette équipe, l'IHU s'appuie sur les directions fonctionnelles de ses trois établissements fondateurs pour ses fonctions support. Cette organisation est une force car elle donne accès à des expertises solides en matière juridique, RH, achat public, valorisation et communication, sans avoir à les construire de toutes pièces.

Le CHU de Montpellier prend en charge la gestion des personnels hospitaliers affectés à l'IHU, le pilotage des activités de recherche clinique et la promotion des essais menés au sein du CIMA, de l'ouverture des centres investigateurs à l'organisation des autorisations réglementaires.

De son côté, l'Université de Montpellier assure le portage des projets de recherche financés dans le cadre de France 2030, la gestion des enseignants-chercheurs et des laboratoires affiliés, ainsi que l'ensemble des dispositifs de formation universitaire.

L'Inserm, en tant qu'organisme national de recherche et co-tutelle des unités mixtes de recherche (UMR) et des équipes impliquées dans l'IHU, contribue au pilotage scientifique de ses programmes de recherche. Il assure la gestion des personnels de recherche relevant de son établissement, participe à la structuration et à l'évaluation des activités scientifiques, coordonne les relations avec les infrastructures nationales de recherche biomédicale et favorise l'intégration de l'IHU dans les réseaux nationaux et internationaux de recherche.

Pour fluidifier cette organisation tripartite, chaque établissement a désigné des référents institutionnels dédiés. Ils font le lien entre les directions fonctionnelles de leur structure et les besoins de l'IHU, participent aux réunions de coordination mensuelles du ComOp et identifient les éventuels points de friction pour proposer des solutions.

La force scientifique de l'IHU Immun4Cure est celle d'un collectif singulier, où biologistes, physiciens, mathématiciens, bioinformaticiens et cliniciens travaillent côte à côte pour mieux comprendre et combattre les mécanismes de l'auto-immunité. En 2025, cette dynamique a produit ses premiers résultats tangibles : nouvelles publications, essais cliniques approuvés, brevet déposé… La recherche avance à un rythme remarquable pour un institut de seulement deux ans.

Les travaux portent sur trois maladies prioritaires : la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux systémique et la sclérodermie systémique, avec une approche résolument translationnelle où chaque découverte fondamentale est pensée dès l'origine dans sa perspective clinique.

3—Le volet scientifique

La science en action : des avancées qui changent la donne

12
nouvelles publications en 2025
3
déclarations d'inventions en 2025
1
brevet PCT en 2025
4
demandes de labellisation Immun4Cure en 2025

Les projets scientifiques marquants de l'année

Les maladies auto-immunes touchent près de quinze millions d'Européens. Les traitements actuels contrôlent les symptômes sans traiter les causes, au prix d'une immunosuppression globale.

Le pari d'Immun4Cure est différent : identifier avec précision les cellules immunitaires pathogènes, concevoir des outils capables de les neutraliser sélectivement et proposer une biothérapie personnalisée. En 2025, ce programme a franchi des jalons décisifs sur cinq fronts interconnectés.

1. Cartographier la cible : la résolution unicellulaire comme fondation

On ne cible bien que ce qu'on connaît parfaitement. Le WP1, leadé par Florence Apparailly et son équipe, en lien avec d'autres équipes qui sont à la croisée de différents WP, utilise le séquençage unicellulaire de nouvelle génération pour dresser le portrait moléculaire de chaque cellule immunitaire à partir d'échantillons sanguins et synoviaux de patients.

En 2025, deux avancées majeures ont eu lieu : dans la polyarthrite rhumatoïde, une population de macrophages LYVE1+ a été identifiée comme biomarqueur de réponse au traitement (Annals of the Rheumatic Diseases) ; dans le lupus, l'analyse V(D)J des répertoires BCR des lymphocytes B autoreactifs VH4-34, par l'équipe de Pierre Martineau et Sofia Kossida, cibles prioritaires des futurs CAR. Ces données permettent de cibler spécifiquement les récepteurs des lymphocytes B pathogènes : la cartographie est le premier maillon de la chaîne.

2. Zebra4Cure : le poisson-zèbre, pivot de la validation in vivo

C'est l'une des spécificités les plus singulières d'Immun4Cure, et l'une de ses forces compétitives les plus solides.

Grâce à la transparence de ses larves, le poisson-zèbre permet d'observer par vidéo-microscopie, en temps réel et en quelques heures, la migration, la survie et les interactions des thérapies injectées, cellules CAR, cellules NK armées, vésicules extracellulaires, nanoparticules ARN, avec le système immunitaire de l'animal. En 2025, il a servi de premier filtre de validation pour l'ensemble des candidats thérapeutiques du programme, réduisant considérablement délais et coûts avant tout passage en modèle murin.

L'IHU développe aujourd'hui avec ZEFIX (plateforme spécialisée dans l'utilisation de modèles aquatiques pour la recherche en biologie-santé de la région montpelliéraine) le plateau Zebra4Cure : le premier système dédié à des poissons-zèbres humanisés porteurs de maladies auto-immunes. Cette infrastructure permettra d'évaluer des biothérapies humaines dans des conditions reproduisant fidèlement la physiopathologie des patients, et positionnera Montpellier comme référence mondiale pour la validation préclinique en immunothérapie.

3. Thérapies cellulaires CAR : trois stratégies, une même logique de précision

Le WP2 développe trois lignes thérapeutiques progressant simultanément, chacune conçue pour neutraliser spécifiquement les cellules responsables d'une pathologie donnée. Les CAR-MSC anti-CD19 de Farida Djouad, cellules stromales équipées d'un récepteur chimérique optimisé (domaines CD3-ITAM et CD28), réduisent significativement les lymphocytes B pathogènes et les sous-populations T pro-inflammatoires, confirmés in vivo chez le poisson-zèbre et dans des modèles murins d'arthrite. Les CAR-Tregs ACPA+, ciblant les autoantigènes citrullinés de la polyarthrite rhumatoïde séropositive, voient leurs propriétés suppressives confirmées après deux cycles d'expansion. Enfin, des cellules NK-CD16+ armées d'anticorps Fc mutés, développés par l'équipe de Martin Villalba, avec une affinité trois fois supérieure identifié par simulation moléculaire, ouvrent la voie à l'élimination ciblée des cellules B VH4-34+ dans le lupus.

4. Soigner sans injecter de cellules : stratégies thérapeutiques basées sur l'ARN et vésicules extracellulaires

Deux approches complémentaires émergent, plus simples à produire industriellement.

Des nanoparticules lipidiques (LNP) chargées d'ARN messager modifié, développées avec RNAlead (Toulouse), reprogramment in situ les macrophages tissulaires pour accélérer la résolution de l'inflammation chronique. Les vésicules extracellulaires (EV), dérivées de cellules stromales mésenchymateuses induites (IMSC), portées par Danièle Noël (IRMB) et Marie Morille, ont démontré des propriétés anti-inflammatoires, anti-fibrotiques et chondroprotectrices dans des modèles de sclérodermie et d'arthrite, avec un protocole GMP finalisé. ARN et vésicules ne concurrencent pas les CAR : ils adressent d'autres mécanismes et ouvrent la perspective de combinaisons thérapeutiques ciblées.

5. OBBI et la cohorte IMMINENT : du laboratoire au patient

OBBI (Inserm US63), dirigé par Danièle Noël, est le second atout structurel de l'IHU. Cette unité nationale créée en 2023, fédérant trois unités de recherche en France (IRMB, IRSD, RESTORE), transforme des découvertes scientifiques en médicaments qui peuvent être produits à l'échelle industrielle via des plateformes GMP, de nanocytométrie et d'imagerie haute résolution. En 2025, OBBI a finalisé les protocoles de production des EV et des organoïdes et accueilli ses premiers partenaires industriels, maillon manquant entre découverte académique et marché.

La cohorte IMMINENT, pilotée par David Launay, dont les premières inclusions ont débuté en 2025, ferme la boucle. Associant immunophénotypage spectral à soixante-dix paramètres, séquençage unicellulaire et analyse multi-omique longitudinale, elle construit le référentiel biologique qui permettra de stratifier les patients et de qualifier les biomarqueurs d'efficacité. Les essais cliniques qui en découlent, premières nationales et mondiales, sont détaillés dans le volet clinique.

Cristian Reyes, Quiterie Labaye et Taciana Manso dans un couloir de l'IHU Immun4Cure

Portraits : les chercheurs de demain

Cristian Reyes

Biochimiste et docteur en sciences biologiques formé au Chili, je travaille depuis huit ans sur le poisson-zèbre comme modèle en immunologie.

C'est au Chili que s'est construit mon regard scientifique : comprendre comment cellules et systèmes fonctionnent ensemble, pour en tirer des applications concrètes.

Mon doctorat sur les macrophages intestinaux m'a conduit à collaborer avec Farida Djouad, directrice de recherche à l'IRMB, et ce lien transatlantique m'a amené à l'IHU Immun4Cure, où je développe aujourd'hui un modèle de poisson-zèbre permettant d'injecter et de différencier des cellules humaines afin de tester des biothérapies variées de manière efficace et sûre. Étant donné que chaque patient réagit différemment à un traitement, nous développons des biothérapies personnalisées. Ce petit poisson nous offre la possibilité d'explorer la dynamique cellulaire en temps réel et in vivo. Sa transparence permet d'observer la distribution des cellules injectées et leurs variations selon l'environnement physiologique. Le faible nombre de cellules nécessaires est un avantage précieux, notamment pour les recherches sur le sang de patients atteints de lupus érythémateux systémique. Nous pouvons également tester la toxicité des biothérapies en observant le phénotype des animaux, avant d'extrapoler ces résultats à l'humain.

Ce petit poisson, symbole de mon parcours entre le Chili et Montpellier, est au cœur d'une science au service des patients.

Quiterie Labaye

Pourquoi certains patients ne répondent-ils pas aux biothérapies de la polyarthrite rhumatoïde ?

C'est la question au cœur de ma thèse au sein de l'IHU Immun4Cure. Cette maladie auto-immune chronique touche près de 400 000 personnes en France : elle provoque une inflammation persistante des articulations, des douleurs importantes et une perte progressive de mobilité. Bien que les biothérapies aient considérablement amélioré la prise en charge, environ un tiers des patients n'y répond pas et il est aujourd'hui impossible de prédire à l'avance qui bénéficiera réellement d'un traitement. Mes recherches s'inscrivent dans le développement d'une médecine plus personnalisée, capable d'adapter les traitements au profil biologique de chaque patient.

Pour cela, je m'intéresse aux neutrophiles : longtemps considérées comme de simples cellules de défense, elles jouent un rôle beaucoup plus complexe dans les maladies inflammatoires et présentent une grande diversité de profils et de fonctions. Je développe des approches expérimentales permettant d'analyser finement leur état d'activation chez les patients, en combinant analyses cellulaires et études fonctionnelles, afin de mieux caractériser leur comportement dans différents contextes inflammatoires. À terme, l'objectif est d'identifier de nouveaux biomarqueurs capables d'orienter les cliniciens vers la thérapie la plus adaptée : une avancée concrète pour la médecine de précision.

Taciana Manso

Chaque lymphocyte B porte un récepteur unique, une sorte de signature moléculaire. Analyser ces signatures à grande échelle, c'est le cœur de mon travail en tant qu'ingénieure de recherche au sein d'IMGT et de l'IHU Immun4Cure.

Spécialisée dans l'analyse des répertoires des récepteurs des lymphocytes B (BCR) et des anticorps monoclonaux, mon expertise se situe à l'interface entre bio-informatique, immunogénétique et valorisation des données. Je développe un système d'analyse intégré pour l'étude des répertoires BCR à l'échelle de la cellule unique : pour chaque cellule, je relie son profil moléculaire et le récepteur d'anticorps qu'elle exprime. Cette approche offre une vision fine des populations de lymphocytes B impliquées dans le lupus, la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérodermie. L'enjeu est de croiser différents niveaux d'information pour mieux décrire la diversité des anticorps, identifier des clonotypes pathogènes, suivre leur expansion et comprendre leur répartition entre les diverses populations cellulaires. Grâce aux standards d'annotation d'IMGT, ces analyses gagnent en robustesse, en reproductibilité et en comparabilité, des qualités essentielles pour transformer des données complexes en connaissances utiles à la recherche translationnelle, au diagnostic et à la prise en charge des patients.

La sclérodermie systémique est une maladie auto-immune rare et grave : fibrose progressive des tissus cutanés et pulmonaires, inflammation chronique, atteintes vasculaires étendues. Sans traitement curatif à ce jour, le besoin médical est considérable.

4—Le volet clinique

Du laboratoire au patient : deux premières mondiales

Quand la recherche fondamentale devient traitement

En 2026, au sein de l'IHU Immun4Cure, deux essais cliniques porteurs d'espoir voient le jour, chacun reposant sur une technologie différente.

1. SCLEROCAR : premier essai français de CAR-T pour une maladie auto-immune

Dans la sclérodermie, des lymphocytes B pathogènes produisent des auto-anticorps qui entretiennent la destruction des tissus. SCLEROCAR propose de les éliminer à la source grâce à des cellules T dites « CAR-T » : des lymphocytes T prélevés chez le patient, modifiés en laboratoire pour reconnaître spécifiquement ces cellules B via un récepteur artificiel (CAR anti-CD19), puis réinjectés. Une fois dans l'organisme, ils traquent et neutralisent les cellules responsables de la maladie, sans toucher au reste du système immunitaire.

Porté par le Pr. Christian Jorgensen et financé par le PHRC National (1 M€), l'essai a obtenu l'approbation de l'ANSM en juin 2026. Multicentrique (Montpellier, Lille, Paris-Cochin), mené en partenariat avec Miltenyi, il inclura des patients atteints de sclérodermie systémique sévère résistants aux traitements disponibles. Les inclusions ont débuté en juin 2026. Chaque patient bénéficiera d'un suivi biologique approfondi conduit par la plateforme ECELLFRANCE, dirigée par Pascale Louis-Plence : profilage immunitaire avant et après traitement, suivi de la reconstitution immunitaire et évaluation de l'activité des CAR-T.

Des années de validation préclinique – in vitro, chez le poisson-zèbre, sur modèles murins – ont rendu ce passage en clinique possible. SCLEROCAR en est l'aboutissement direct.

2. EVASCLER : première mondiale des vésicules extracellulaires dans la sclérodermie

Là où SCLEROCAR élimine des cellules malades, EVASCLER agit autrement : il envoie dans l'organisme de minuscules vésicules naturellement produites par des cellules souches, capables de réduire l'inflammation, de freiner la fibrose et de favoriser la réparation des tissus. Ces vésicules extracellulaires (EV) fonctionnent comme des messagers thérapeutiques, délivrant les propriétés bénéfiques des cellules souches sans qu'il soit nécessaire d'injecter ces dernières directement.

L'équipe de Danièle Noël a finalisé en 2025 leur production selon des standards pharmaceutiques, validé leur innocuité et mis en évidence leur effet anti-fibrosant sur modèles précliniques. Porté par le Dr Alexandre Maria au CHU de Montpellier (PHRC Régional, 300 k€), le dossier est en instruction à l'ANSM depuis avril 2026. Ce sera la première fois au monde qu'un essai évalue des vésicules extracellulaires dans cette maladie.

Deux technologies, deux équipes, une même maladie : SCLEROCAR et EVASCLER illustrent la force du modèle intégré d'Immun4Cure, où chaque avancée scientifique est conçue pour aboutir, le plus vite possible, au patient.

Une médecine pour les patients ne peut se construire sans eux. C'est cette conviction qui a guidé, dès l'origine, la place donnée aux personnes atteintes de maladies auto-immunes au sein de l'IHU Immun4Cure – non comme destinataires d'une recherche menée ailleurs, mais comme parties prenantes de sa conception.

Cet engagement s'est concrétisé en 2025 par la création d'un Comité de patients, réunissant dix associations et structures dédiées aux maladies auto-immunes aux côtés de l'équipe du CIMA. Loin d'un rôle consultatif de façade, ce comité participe activement à la co-construction des protocoles de recherche : ses représentants relisent les documents d'information et les formulaires de consentement remis à chaque participant, contribuent à l'élaboration des actions de communication, et sont associés aux réflexions sur les futurs projets de l'institut.

5—Les patients

Des recherches et des soins organisés avec eux

Un Comité de patients actif

Les associations partenaires

Une instance de gouvernance à part entière

Dès sa création, l'IHU Immun4Cure a fait le choix, peu commun pour un organisme à vocation scientifique, d'inscrire la voix des patients au cœur même de son fonctionnement. Une patiente était d'ailleurs présente lors de l'oral devant le jury international qui a permis à l'institut d'obtenir son label, pour témoigner de ce que le projet entendait construire.

Cette volonté s'incarne aujourd'hui dans le Comité des patients, une instance qui réunit patients et associations partenaires. Sa force tient à la diversité des profils qui le composent. Certains sont experts de leur propre maladie, d'autres rodés aux projets de recherche, d'autres encore engagés dans la recherche thérapeutique. Ce mélange nourrit une question commune, posée à chaque étape : comment aider les chercheurs dans leurs projets ?

Trois missions structurent la contribution du comité. La première concerne les projets de recherche. Les patients interviennent dès la conception des appels à projets, pour que les objectifs scientifiques rencontrent les attentes des malades. C'est une exigence portée par la Commission européenne, qui favorise une meilleure compréhension des protocoles et davantage d'inclusions.

La deuxième mission touche à la communication. Relais naturels auprès des personnes atteintes de la même pathologie, les associations aident les chercheurs à adapter leurs messages en s'appuyant sur des réseaux qui touchent un grand nombre de malades. Le Comité participe également à des actions concrètes d'information : un livret pédagogique destiné aux patients atteints de lupus a ainsi été conçu, en lien avec l'équipe médicale du CIMA. Des rencontres réunissant patients, cliniciens et chercheurs sont par ailleurs régulièrement organisées sur le site de l'institut, à l'image de la conférence régionale de l'Association Française des Polyarthritiques et des Rhumatismes inflammatoires Chroniques (AFPric), qui a réuni 160 participants dans les locaux de l'IHU, ou de la rencontre annuelle autour de l'auto-immunité ouverte à tous les patients. Un nouveau temps fort dédié aux patients est prévu en octobre 2026, pour approfondir encore ce dialogue.

La troisième mission, enfin, porte sur l'éthique et la transparence. Le comité veille à ce que le consentement éclairé reste accessible et compréhensible, afin que les inclusions soient suffisamment comprises par les patients, dans les meilleures conditions de protocoles et de traitements.

Ce travail vise à faire dialoguer deux temporalités différentes : celle de la recherche, qui se construit sur le temps long ; et celle des patients, en quête de solutions immédiates. C'est tout l'enjeu du lien tissé patiemment par l'éducation thérapeutique, la formation et le travail collectif entre deux mondes qui, sans cela, auraient peu d'occasions de se rencontrer.

On pourrait résumer ainsi l'esprit qui anime l'institut depuis ses débuts : il ne s'agit pas de faire de la recherche sur les patients, mais avec eux.

Le centre clinique CIMA, au CHU de Montpellier

Témoignage de

Stéphane Taliana

membre du Comité de patients

« Aider les équipes à garder le contact avec la réalité de nos maladies »

Mon parcours de maladie

J'ai quarante-neuf ans et une polyarthrite rhumatoïde depuis seize ans. Elle est apparue de façon très brutale quand j'avais trente-trois ans, en 2010 : en moins de deux mois, je suis passé d'une vie de jeune cadre dynamique, assez sportif, au monde de la maladie, avec ses contraintes, ses traitements, ses difficultés. Un changement très abrupt et difficile à vivre. Aucun signe annonciateur, juste un moment de surmenage, et des douleurs articulaires ont pris le pas sur l'ensemble de ma vie.

Ma vie de patient n'a pas été linéaire, ni simple : en seize ans de maladie, j'ai eu dix-huit traitements, avec autant de changements de molécules et de dosages, entrecoupés de périodes de rémission et de récidives. Des hauts et des bas.

Le plus dur est de gérer une vie de parent avec des médicaments qui abaissent l'immunité. Quand les enfants reviennent de l'école avec les petites toux de l'automne, et qu'il faut rester prudent, c'est douloureux.

Mon engagement

Au tout début de ma vie de polyarthritique, je me suis senti assez seul, sans réponse à mes questions, mes doutes sur les traitements, sur la façon de composer avec les aléas de la vie et des thérapies. J'ai pu bénéficier du programme d'Éducation Thérapeutique du Patient, qui m'a permis de mieux accepter, de mieux vivre mon quotidien.

Depuis 2016, je me suis à mon tour engagé comme patient partenaire pour aider d'autres malades de ma pathologie afin que nos échanges puissent faire avancer ceux qui traversent les mêmes phases que moi, que nous.

Mon rôle à l'IHU

Dans mon parcours, j'ai participé à des protocoles de recherche, et j'ai pu voir toute l'énergie déployée par les équipes du CHU et de l'Inserm pour faire avancer la connaissance sur les maladies inflammatoires. Avec ma casquette de patient partenaire, impliqué dans l'association nationale AFPric, j'ai trouvé normal d'aider les équipes de l'IHU dès la création de l'institut.

Mon rôle s'inscrit dans cette dimension associative, où nous apportons la vision du patient lors de la construction des projets de recherche ; un apport plus pratique, plus ancré dans la réalité de nos maladies. Si la recherche nous projette vers des traitements qui ne seront accessibles que dans plusieurs années, notre rôle est de maintenir le dialogue entre patients et chercheurs, d'aider à la constitution des cohortes, et de contribuer aux bonnes pratiques d'observance et de pair-aidance entre patients, notamment ceux déjà passés par des protocoles de recherche.

Stéphane Taliana dans les locaux de l'IHU Immun4Cure

Former les professionnels de santé, les chercheurs et les ingénieurs de demain aux thérapies cellulaires et aux maladies auto-immunes : c'est la mission du WP8, piloté par Marie Morille et Jean-Marc Brondello. En 2025, ce programme a franchi plusieurs jalons, construisant un écosystème de formation intégré, national et international, articulé autour de cinq axes complémentaires.

6—L'éducation

Un investissement dans les compétences de demain

1. DU ImmunoCell : former les cliniciens et les chercheurs aux thérapies cellulaires pour le traitement des maladies auto-immunes

Créé sous la direction de Jean-Marc Brondello et Yves-Marie Pers, le diplôme universitaire ImmunoCell forme médecins, pharmaciens et scientifiques aux mécanismes de immuno-tolérance, à leurs dérèglements (maladies auto-immunes) et à leur prise en charge par thérapies cellulaire : physiopathologie, traitements, essais cliniques, enjeux socio-économiques.

Des discussions sont en cours pour fusionner ImmunoCell avec le DU en Biothérapies innovantes de l'Université de Toulouse et le DU de Médecine régénératrice de Montpellier, afin de créer un diplôme inter-universitaire (DUI) à vocation internationale prévu pour 2027, en format hybride présentiel/en ligne.

2. Master GET et modules européens : former à la recherche clinique et à l'innovation

Le master GET (Gestion et évaluation des Essais Thérapeutiques), porté par Yves-Marie Pers à la Faculté de Médecine de Montpellier, forme en deux ans aux métiers de la recherche clinique : conception et gestion d'essais, affaires réglementaires, assurance qualité. Son parcours « Thérapie innovante » inclut une UE « Recherche translationnelle et évaluation clinique biothérapie » directement en lien avec les activités de l'IHU Immun4Cure.

En complément, une UE « Ingénierie des thérapies immunomodulatrices pour l'auto-immunité » (5 ECTS) sera proposée à la rentrée 2027 dans un nouveau parcours de master international, et tournée vers la recherche pluridisciplinaire (Programme IDIL-InterDisciplinaryInLab) – « Biomedical engineering » porté par Marie Morille et Cécile Echalier. Dans le cadre de l'alliance CHARM-EU (Maria Naranjo, Valentina Vigano, Marie Morille), la 2e édition du Research Hub s'est tenue le 24 septembre 2025.

3. Programme doctoral : attirer et former les chercheurs de demain

Le programme doctoral translationnel, piloté et coordonné par Christian Jorgensen et l'équipe opérationnelle de l'IHU, structure l'accueil des doctorants au sein des projets d'Immun4Cure.

En 2025, le processus de sélection des bourses 2026 a été optimisé : deux bourses de doctorat et une bourse de master seront attribuées chaque année sur appel à projets, en lien avec l'École Doctorale Biologie Santé de l'Université de Montpellier. Des modules complémentaires sur les débouchés professionnels et l'environnement industriel seront proposés aux écoles doctorales.

4. Plateau nanoformulation – ARN : une pédagogie par l'action, entre Montpellier et Toulouse

Un plateau pédagogique de pointe en biothérapie cellulaire et en nanomédecine a été mis en place à la Faculté de Pharmacie par John De Vos, Christian Jorgensen et Marie Morille, en collaboration avec Bio'Occ (Toulouse – Montpellier). En 2025, deux équipements ont été acquis : le Zetasizer Advance (caractérisation taille et charge des nanoparticules) et le NanoSight Pro (suivi de trajectoire en temps réel). Des sessions de nanoformulation des acides nucléiques ont été organisées pour les masters Biotechnologie et les étudiants de 3e année de Pharmacie. Un espace dédié de 75 m² avec de nouveaux équipements est prévu en 2026.

5. Grand public et patients : une science accessible à tous

La mission éducative d'Immun4Cure dépasse le cadre académique. Sous la responsabilité de Jean-Marc Brondello, Yves-Marie Pers, Laurene Bernard, Pauline Rozier, Alexandre Maria et l'équipe opérationnelle de l'IHU, un volet grand public et patients a été structuré en 2025 : création d'un livret d'information pour les patients atteints de lupus (financé par AstraZeneca) et organisation de la conférence régionale de l'AFPric dans les locaux de l'IHU (27 septembre 2025, 160 participants).

En 2026, ce volet s'élargira avec la première réunion partenaires/patients (13 juin), la première journée clinique IHU (18 septembre), le deuxième symposium Immunotherapies 2026 (25-27 novembre, Montpellier) et des webinaires thématiques sur les immunothérapies cellulaires et les nouveaux traitements biologiques.

L'année 2025 consacre Immun4Cure comme un acteur incontournable de l'innovation thérapeutique, capable d'attirer les partenariats industriels les plus ambitieux tout en encourageant les startups de demain.

7—Les partenariats

Des échanges essentiels, car l'innovation ne se fait pas seule

~4 M€
générés en contrats de partenariats
2
thèses CIFRE en 2025
10
nouveaux contrats industriels en 2025
5 ans
de partenariat avec Sanofi signés

Sanofi, le premier Centre d'Excellence Translationnel mondial

Le 15 octobre 2025 marque un tournant dans l'histoire de l'IHU Immun4Cure. Ce jour-là, l'IHU, le CHU de Montpellier, l'Inserm et l'Université de Montpellier ont officiellement lancé, aux côtés de Sanofi, le premier Centre d'Excellence Translationnel (TCoE) mondial dédié aux maladies inflammatoires et auto-immunes. Une première mondiale, et la reconnaissance industrielle d'une décennie de recherche d'excellence montpelliéraine.

Ce partenariat stratégique de cinq ans unit les forces complémentaires de l'écosystème académique et clinique d'Immun4Cure avec les capacités de R&D industrielle de Sanofi qui déploiera plusieurs dizaines de chercheurs sur le site montpelliérain, où le groupe dispose déjà d'implantations.

Sa vocation est de rapprocher recherche fondamentale, expertise clinique et innovation industrielle pour accélérer le développement de nouvelles thérapies. La gouvernance du TCoE associe les deux parties dans un comité commun de dix membres.

Les pathologies cibles sont celles au cœur d'Immun4Cure : la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux systémique et la sclérodermie, avec possibilité d'extension à d'autres maladies auto-immunes. L'ambition commune est de lancer les premières études cliniques issues de ce partenariat d'ici fin 2026. En conjuguant l'accès aux ressources biologiques et cliniques de l'IHU avec la puissance d'accélération technologique de Sanofi, le TCoE transforme l'approche traditionnelle de la R&D pharmaceutique : le patient est au cœur du processus dès les phases les plus précoces du développement.

« Ensemble, nous construisons une équipe IHU – Sanofi pour croiser les expertises et ainsi identifier de nouvelles cibles thérapeutiques en vue d'accélérer leur transfert clinique au bénéfice des patients. »
Professeur Christian Jorgensen
Directeur de l'IHU Immun4Cure

The Drug Cell, la voie industrielle européenne pour les thérapies cellulaires

Signé en décembre 2025, The Drug Cell est la voie industrielle européenne dédiée aux médicaments de thérapie innovante (ATMPS). Cette initiative PIIEC (Projet Important d'Intérêt Commun Européen) a reçu 152 M€ du Secrétariat Général Pour l'Investissement (SGPI). Trois équipes de recherche d'Immun4Cure y sont impliquées, garantissant à l'IHU l'accès à une ligne industrielle dédiée pour le développement et la production de ses thérapies cellulaires.

QuantaCell, l'intelligence artificielle au service de l'imagerie biomédicale

Hébergée au sein de l'IHU Immun4Cure, QuantaCell est une entreprise montpelliéraine qui développe des solutions logicielles dédiées à l'analyse d'images biologiques et médicales. Sa mission est de rendre les technologies d'analyse d'image et d'intelligence artificielle accessibles aux équipes de recherche, aux acteurs hospitaliers et aux industriels pour transformer des images complexes en données quantitatives fiables et exploitables. QuantaCell développe deux solutions logicielles :

  • HistoMetriX, dédiée à l'analyse quantitative d'images histologiques et de pathologie digitale ;
  • AssayScope, orientée vers l'analyse d'essais biologiques et de modèles cellulaires en 2D et en 3D.

Ces outils associent ergonomie, automatisation et intelligence artificielle, de la visualisation des images jusqu'à l'extraction de mesures reproductibles, avec des applications en pathologie digitale, analyse tissulaire et cellulaire, et étude d'organoïdes.

Au sein de l'écosystème d'Immun4Cure, QuantaCell collabore avec des équipes du CHU de Montpellier en anatomopathologie pour créer les outils diagnostiques de demain. L'entreprise est également impliquée dans un projet avec l'équipe de bio-informatique Bio2M, visant à combiner analyse d'images, intelligence artificielle et données biologiques pour mieux comprendre les mécanismes des maladies auto-immunes, notamment par l'identification de signatures morphologiques, cellulaires ou tissulaires.

Hébergée au cœur de l'IHU, QuantaCell illustre la vocation d'Immun4Cure : faire de Montpellier un écosystème où science fondamentale et innovation industrielle se nourrissent mutuellement.

L'équipe QuantaCell
L'équipe QuantaCell

L'élan de 2025 a ouvert la voie à des ambitions d'une nouvelle envergure.

8—Les ambitions

2026, l'IHU passe à l'offensive

Le partenariat avec Sanofi entre dans sa phase opérationnelle. Après la signature du premier Centre d'Excellence Translationnel au monde dédié aux maladies auto-immunes, 2026 voit le déploiement effectif des programmes de recherche collaborative. Une alliance qui incarne la conviction portée par l'IHU depuis ses débuts : la transition vers la clinique ne peut se faire qu'en réunissant excellence académique et capacité industrielle.

Les ambitions sont également résolument internationales. Des échanges préliminaires sont en cours avec la Chine, afin d'évaluer les opportunités de coopération et de préciser les contours d'un éventuel partenariat scientifique. Cette collaboration, si elle se concrétise, pourrait offrir un accès privilégié à des cohortes de patients importantes et à un écosystème d'innovation en pleine expansion.

Aux États-Unis, des discussions sont actuellement engagées avec un acteur de premier plan dans le domaine de l'intelligence artificielle appliquée aux sciences de la vie, afin d'explorer les perspectives d'une collaboration autour du design des ARN messagers. Cette thématique constitue l'un des axes stratégiques majeurs de l'institut pour la prochaine décennie : mobiliser l'IA afin de concevoir plus rapidement et plus précisément des séquences d'ARN capables de cibler les cellules impliquées dans les maladies auto-immunes. L'enjeu n'est pas seulement technologique ; il est également profondément sociétal. Là où les thérapies cellulaires actuelles, comme les CAR-T, exigent une production individualisée, lente et coûteuse pour chaque patient, l'ARN messager ouvre la voie à des traitements standardisés, produits à grande échelle et adaptables rapidement à chaque pathologie. La plateforme RNAclinic, en cours de déploiement au sein de l'institut, en constitue déjà le socle opérationnel. L'enjeu de cette alliance avec les États-Unis est d'accélérer, grâce à l'intelligence artificielle, le passage de la promesse scientifique à un traitement réellement accessible à tous.

Ces mouvements – consolidation industrielle, reconnaissance européenne et ouverture internationale – ne sont pas isolés. Ils répondent à une même logique : aucune avancée scientifique ne se construit seule, ni dans un seul pays. C'est en additionnant les forces des meilleurs partenaires académiques, cliniques et industriels, plutôt qu'en les dispersant, que l'IHU entend accélérer le chemin entre la découverte fondamentale et le patient.

Cette ambition s'appuie sur un acquis solide : des équipes désormais habituées à travailler ensemble, des patients associés à chaque étape de la réflexion, et une première génération de résultats cliniques et scientifiques qui valide la pertinence du modèle choisi dès l'origine.

L'objectif reste le même depuis les débuts du projet : des thérapies plus efficaces, plus simples, accessibles à tous.

« Demain, nous soignerons mieux les maladies auto-immunes,
ensemble, pour les patients du monde entier. »
Le parc du campus de l'IHU Immun4Cure

Remerciements

Ce rapport annuel est le fruit d'un travail collectif. La rédaction remercie chaleureusement l'ensemble des contributrices et contributeurs qui ont participé, directement ou indirectement, à son élaboration :

Alain Fischer, Anne Ferrer, Didier Samuel, Philippe Augé, Saïd Assou, Laurene Bernard, Farida Djouad, Danièle Noël, Sandra Castang, Quiterie Labaye, Taciana Manso, Cristian Reyes, Stéphane Taliana, Victor Racine, ainsi que Florence Apparailly.

Aux équipes de l'IHU Immun4Cure

Pascale Louis-Plence, Martin Villalba, Pierre Martineau, Sofia Kossida, Christophe Hirtz, Yves-Marie Pers, John De Vos, Edouard Tuaillon, Marie Morille, Jean-Marc Brondello, Mireia Pelegrin, Mar Naranjo-Gomez, Javier Hernandez, Jacques Colinge, Alexandre David, Emmanuel Deshayes, Nathalie Bonnefoy, Philippe Rondard, Jérôme Moreaux, Valérie Zimmermann, Bernard Hehlen, Pascal Azerad, Michael Smietana, Tasmine Akbaraly, Guillaume Cartron, Sophie Rivière, Xavier Ayrignac, David Geneviève, Aurélie Du Thanh, Romain Altwegg.

Aux membres fondateurs et partenaires institutionnels

La Fondation Inserm, le CHU de Montpellier, l'Inserm, l'Université de Montpellier, la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, Montpellier Méditerranée Métropole / MedVallée, la Fondation Arthritis, la SATT AxLR, les associations de patients, ainsi que l'Agence Nationale de la Recherche et l'Agence Innovation en Santé.